Du bon usage de la censure ?

La censure n’a jamais été autant d’actualité en France. Et elle vient de toute part.

Allons-y crescendo.

1. Décision administrative contre les photographies de Larry Clark au Musée d’art Moderne

Ce cinéaste américain, connu principalement pour ses longs métrages trash & dérangeants (KidsAnother day in paradise, Ken park, BullyWassup rockers), s’illustra au départ dans la photographie. A ce propos, vous pouvez voir ses films entre le 8 & le 1O octobre à la Cinémathèque française.

Rappelons que Tulsa, sa série phare présentée en 2OO7 à la Maison européenne de la photographie suscita davantage de curiosité que de répulsion.

Bon, à l’époque, ses tirages m’avaient choqués : une femme enceinte en train de se shooter, d’autres attitudes obscènes & violentes, des images suggestives, des visages déformés par l’effet de la drogue… Ceci affichant la misère de sa ville natale. J’avoue que je n’avais pas porter une grande importance à la qualité de son travail, tellement mon attention était suspendue aux contenus.

Alors pourquoi, cette fois-ci, sa rétrospective serait-elle non autorisée aux mineurs ? Surtout que tout à chacun peut se procurer lesdits clichés, par internet, en feuilletant le catalogue de l’exposition… Voici mes différents points d’explication.

D’une part, l’interdiction au moins de 16 ans, puis de 18 ans dont a fait l’objet Ken park (2OO8) a mis à mal sa notoriété : désormais, on sait de quoi il est capable.

D’autre part, le Musée d’art moderne, en tant qu’établissement public, doit prendre ses dispositions, conformément à sa mission de service public : éviter un trouble à l’Ordre Public & autres mesures de protection de – l’innocence de – la jeunesse.

Enfin, il fait profil bas, du fait de ses récents dysfonctionnements (que je cite ici).

Malgré les foudres qu’il s’attire, l’adjoint à la culture de la Mairie de Paris, Christophe Girard, nous assure qu’il aurait trouver, en ceci, une  parade “ne touchant pas à l’intégrité de l’œuvre de l’artiste“.

N’y avait-il pas une autre alternative, moins radicale ? En tout cas, pour ceux que ça intéresse -moi, j’ai déjà donné – vous arpenterez certainement l’expo parmi des ados ayant réussi à déjouer les modalités de vérification….

2. La cité du mâle, documentaire déprogrammé à la dernière minute par arte.

Ce documentaire, réalisé par Cathy Sanchez, aurait dû être diffusé le 31 août dernier.

Il a trait aux violences faites aux jeunes filles dans les banlieues parisiennes et évoque notamment l’histoire de Sohane Benziane, brûlée vive en 2OO2 à Vitry-sur-Seine.

Or, des personnes ayant accepté de témoigner – et certainement la réalisatrice – auraient fait l’objet de menaces si le projet était diffusé.

D’où la décision d’Arte de le reprogrammer* après avoir fait un petit tour par la conformité pour des mesures de flouttage, certainement l’amputation de scènes, afin d’éviter tout risque de diffamation. Mieux vaut prévenir que guérir.

* : Sa diffusion est prévue le 29 septembre prochain.

3. Arrêt de la Cour de cassation interdisant les expositions de type “Our body”

Dans sa décision rendue le 16 septembre dernier, la Cour de cassation proscrit désormais toute “exposition de cadavres humains à des fins commerciales“. Motifs ? la dignité et le respect du corps humain ne s’arrêtent pas avec la mort.

Cette exposition s’était installée à Lyon, puis à Paris en 2OO9, et fut interrompue précipitamment 2 mois plus tard. Elle soulevait bien des questions d’éthique, notamment concernant la provenance des véritables corps présentés, alors même qu’elle rencontrait un vif succès à travers le monde.

4. M6 suspend la diffusion d’un clip du chanteur Raphaël en journée

Le clip de son tube Bar de l’hôtel, réalisé par Olivier Dahan -s’il vous plaît- a été jugé trop violent par le comité de visionnage de la chaîne.

Whoua ! Ca fait trop peur… Bon, là, c’est de l’ordre de l’exagération.

Alors si le CSA peut se permettre d’intervenir pour censurer des programmes, ne pourrait-il pas le faire pour leur suggérer que leur service délire complètement ?

5.Objection à Clichy-la-Garenne concernant la campagne d’affichage JC Decaux de Virgin Radio.

©Lagardère

Le Maire de cette ville des Hauts-de-Seine a estimé cette campagne de publicité “dévalorisante” à l’égard des personnes âgées.

Du coup, il l’a interdit dans sa commune. Peut-être parce que 13% des habitants de Clichy ont plus de 60 ans ?

Personnellement, je la trouve hyper mal faite : le maquillage ou le trucage de la photo me fait penser au clip Thriller de MJ… qui date de 1983 !

Juridiquement, il peut le faire en tant que garant de l’OP de sa commune, et ce n’est pas une nouveauté pour un élu municipal d’interdire localement certaines affiches jugées – par lui – sulfureuses, ou attentatoires aux valeurs religieuses et morales.

Ça fait un peu beaucoup, vous ne trouvez pas ? Enfin moi je dis ça, je dis rien…

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This entry was published on September 27, 2010 at 10:00 am. It’s filed under Art contemporain, Ciné, Droits d'auteur, Expo, Presse and tagged , , , , , , , , , , , , , . Bookmark the permalink. Follow any comments here with the RSS feed for this post.

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