The social network : un fabuleux coup de poker

Qu’est-ce qui fait qu’on aurait envie d’aller voir un film sur un sujet aussi actuel et finalement banal qu’est FB, hormis le fait que ce soit le dernier long-métrage de M. Fincher (Se7en ; Fight Club) ? Et bien, son talent, pardis ! & surtout celui de son scénariste génialissime Aaron Sarkin.

Cette libre adaptation du roman polémique* de Ben Mezrich nous indique qu’il s’agit bien d’une fiction. D’ailleurs, Mark Zuckerberg lui-même n’est en rien lié à ce projet & il a même refusé de le voir. Il résulte tout simplement d’un travail d’enquête qui met en scène d’illustres inconnus – en dehors de la présence d’un Justin Timberlake impeccable – dans une ambiance Harvardienne rappelant Le cercle des poètes disparus de Peter Weir (199O) ou Will Hunting de Gus Van Sant (1998). Kevin Spacey en est le producteur exécutif et l’on doit la bande-son démente au duo Trent Reznor & Attius Ross du groupe 9 inch nails.

Même s’il n’entre pas dans les canons hollywoodiens actuels (love story, happy end, …) ce long-métrage est voué à connaître un succès évident.

Pour moi, c’est une pépite. Parce que c’est une histoire de script, de dialogues, et d’intello plutôt que de geek. J’admets tout de même que le scénario va à la vitesse grand V, mais dès qu’on a pris le rythme, on se marre aux blagues cyniques, on essaye de gober toutes les références (Lewis Carrol ?) et on savoure la rapidité de compréhension des protagonistes au cours de cette réussite vertigineuse.

Autre bémol : Ce film est critiqué pour être totalement misogyne. Certes, les femmes n’ont pas leur place dans l’univers très masculin des entrepreneurs du Web : elles sont classées, n’ont pas de décision à prendre, jouent les groupies et incarnent le glitter du film : les Appletini, les copines sexy ; Victoria’s Secret. Mais dès qu’elles s’expriment, ne sont-elles pas fines d’esprit (la juriste stagiaire ; Erika) ?

Du point de vue du droit, c’est passionnant. Tout le problème réside dans le fait de savoir QUI a eu l’idée, en premier, de mettre au point un tel réseau social à dimension mondiale ? En tout état de cause, pour notre héros, ce qui compte c’est surtout celui qui l’a en premier réalisé (et en l’occurrence, c’est lui).

Cette histoire est construite en parallèle de 2 procès qu’on lui a intenté : d’abord celui des clones (et mon terme n’est pas mal choisi, puisqu’il s’agit du même acteur jouant les jumeaux, sachant qu’on a apposé sa tête sur le corps de sa doublure) & de leur associé, qui présument avoir eu l’idée les premiers avec leur projet “Harvardconnection” ; ensuite, c’est au tour d’Eduardo Saverin, son meilleur ennemi, de prétendre que sa participation fut indispensable à la réalisation du projet (l’algorythme ; le prêt de départ) & souhaite également le dédommagement de son licenciement soudain. Dans les 2 cas, un accord transactionnel sera trouvé.

En France, de telles proportions n’auraient pu être atteintes à moins de prouver un commencement de fait, dans la mesure où, à la différence du copyright, l’idée est libre de parcours et, sans qu’elle soit concrétisée dans une forme reconnue comme telle par le droit d’auteur, la protection est inexistante. Du côté du droit des brevets, et bien, là aussi, la protection est exclue puisqu’en l’espèce, il n’y a pas eu de dépôt. Toutefois,  une action civile en parasitisme ou en concurrence déloyale aboutirait.

En outre, et cele se pose encore aujourd’hui, toutes les questions concernant la protection & la conservation des données, ainsi que celle du respect de la vie privée accordé par FB demeurent. Certes, les membres du réseau décident de mettre en ligne ce qui leur chante. Cependant, pour combien de temps sont-elles conservées ? et puis, qu’est-ce que le réseau en fait après ?? L’on voit bien au départ avec “Facemash”, puis avec l’intrusion de Sean Parker (co-fondateur de Napster, ce réseau de peer-to-peer qui fut désamorcé peu après son lancement) que ce qui les intéresse sont les prouesses techniques et non une adéquation possible avec les droits de la personnalité, malheureusement.

Ce sont suffisamment d’aspects pour qu’en 2 heures, l’on ne s’ennuie pas une seule seconde. Culte.

* : The Accidental Billionaires: The Founding of Facebook, A Tale of Sex, Money, Genius, and Betrayal, (juillet 2009) traduit en français par La revanche d’un solitaire.

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This entry was published on October 16, 2010 at 9:26 am. It’s filed under Ciné, Droits d'auteur and tagged , , , , , , , , , , , , , , , , . Bookmark the permalink. Follow any comments here with the RSS feed for this post.

3 thoughts on “The social network : un fabuleux coup de poker

  1. Interessant. Je me demandais justement si cela valait le coup de le voir. Honnetement un film sur Facebook ca parait pas tres excitant. Ceci dit apres avoir lu ton post (que tu devrais relire aussi : therme? cele?) je pense que je vais me laisser tenter par ce film…

  2. Slt, ce film est tout simplement GRAVE :)& merci pour ta remarque. 🙂

  3. Un film très… juridique en fait! Mais avant tout un coup de chapeau au maître Fincher, capable de livrer un film extrêmement dense, de 2h sans temps morts, et sans autre action que les dialogues. Impressionnant.

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