Du Basquiat en veux-tu en voilà !

Enfant de Brooklyn, il débarque à 17 ans dans le New York underground de la toute fin des 7O’s. Il commence par bomber ses aphorismes poétiques sur les murs de Soho en signant SAMO© (pour Same Old Shit), pseudo qui éveillera la curiosité de tout le gotha. Coiffé d’un mohawk, il promène sa silhouette dans cette cité en pleine ébullition.

Il peint sur ce qui lui tombe sous la main, puis se met à vendre ses artworks (cartes, T-shirts qu’il customise lui-même) au Washington State Park. Son œuvre est  en train d’émerger en contraste avec celle du minimalisme et de l’art conceptuel de l’époque : on est en pleine contre-culture.

Soudain, c’est La rencontre. Celle avec Andy Warhol.

Après quoi, tout s’enchaîne : un article sur lui est rédigé par René Ricard dans la revue spécialisée Artforum ; il participe en 1981 à une exposition multi artistes, notamment aux côtés de Keith Haring et sa présence marque les esprits. Des galeristes le repèrent, l’hébergent et lui achètent du matériel (Annina Nosei ; Bruno Bischofberger ; Larry Gagosian). Viendront assez rapidement diverses expositions particulières aux Etats-Unis et en Europe.

Plusieurs critiques ont fait allusion à une sorte de don inné, au “mystère” qui l’entourait. Parce qu’il ne manquait jamais d’inspiration et qu’il semblait savoir exactement quoi faire. Il pensait avoir un rôle important à jouer. Et il a joué ce rôle. Ainsi, il aura vécu son succès en se donnant les moyens de son ambition.

Autodidacte, il avait une haute idée de lui-même, si bien qu’il souffrait du regard sur sa personne. En plus des critiques sur son travail, il rencontra très tôt la difficulté d’être un jeune artiste noir dans un monde de l’art dominé par les blancs.

Précisément, après son premier vernissage où toutes ses toiles furent vendues dans la soirée, il hèle un taxi, puis plusieurs.  Ils lui passeront tous sous le nez. De même, lors d’une interview, un journaliste maladroit compare son style à de l’art “primitif”. Le malaise est palpable. C’est alors qu’il répond sans sciller “like monkeys?”. Il sera également considéré comme un “graffiteur”, en référence à ses origines noires.

D’ailleurs, il est porteur de cette culture africaine : le vaudou et des influences aztèques se retrouvent dans ses toiles. De même, il rend hommage à des artistes noirs américains en les couronnant : Cassius Clay, Jack Johnson, Charlie Parker, Miles Davis, athlètes et autres peintres, comme Picasso ou Leonard De Vinci. Il fut également marqué par un manuel d’anatomie d’Henry Gray – offert quand il était petit, par ses voyages, par l’Histoire de l’art et celle des civilisations.

Ses thèmes de prédilection ? valeurs sociales, droits de l’homme, injustice, racisme.

Ses représentations sont brutes, intenses et puissantes. On sait qu’il trouvait son inspiration dans n’importe quoi : la moindre discussion, ce qu’il voit dans la rue, le journal TV, ce qui l’entoure. Il transpose également certaines techniques du rap à sa peinture : l’importance des mots, le sampling de sources existantes, avec des éléments auparavant représentés et qu’il réintroduit ; ou encore le scratching, quand il rature ou efface des mots.

Ceci, sur des supports particuliers, qui renvoient là encore au street art : des feuilles collées, superposées sur les toiles,  des coins de canvas apparents, des fenêtres, un frigo…

Eclipsé à 27 ans, il aura assurément mit la ville et le monde à ses pieds en un temps assez court. L’un de ses amis d’enfance, Fab 5 Freddy dira de lui qu’il “a vécu comme brûle une flamme, répandant une véritable clarté. La flamme s’est éteinte, mais la chaleur demeure sous les braises.

A visionner :

-Le documentaire intimiste The Radiant Child de Tamra Davis qui compile des images d’archive et des témoignages de ses proches. Resté dans l’ombre depuis plus de 20 ans, c’est un vrai petit bijou.

– Quelques témoignages ici ;

-Le docu fiction Downtown 81 de Glenn O’Brien, dans lequel le jeune prodige joue son propre rôle. Actuellement projeté au MK2 Beaubourg à 11h40, pour les curieux et les organisés ;

Basquiat, le biopic splendide de Julian Schnabel (1996), à louer dans toutes les bonnes DVDthèques.

A voir :

– Présentée à Bâle au printemps dernier, sa rétrospective – enrichie de prêts de collections françaises – transite juqu’au 30 janvier 2O11 par le Musée d’art moderne.

A lire :

– William S. Burroughs, son auteur préféré ;

– Le journal d’Andy Warhol, par lui-même.

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This entry was published on October 19, 2010 at 10:25 am. It’s filed under Art contemporain, Expo, Street art and tagged , , , , , , , , , , , , , . Bookmark the permalink. Follow any comments here with the RSS feed for this post.

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